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 Société - Finalisation du DSCRP
Le patronat exprime ses inquiétudes
Publié par: HZK-Presse: 18/07/2009 - 09:24:28 Cet article a été lu: [60] fois
Alors que l’atelier de validation du Document de Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (DSCRP) pour la période 2010-2014 s’achève ce vendredi, après plusieurs jours d’intension travaux de réflexion et d’échange entre le gouvernement et les différents acteurs nationaux impliqués, avec l’appui des partenaires internationaux, La Gazette des Comores et HZK-Presse vous propose un nouvel éclairage sur les véritables enjeux de ce processus de planification quinquennale du développement de notre pays, dans le nouveau contexte marqué notamment par l’arrivée de gros investisseurs étrangers, et la capacité de l’Etat à garantir au secteur privé national les retombées escomptées des 200 millions de dollars [77 milliards fc] de la fameuse « loi de citoyenneté économique ». Nous avons interrogé le Directeur Exécutif de l’Organisation patronale des Comores, Abdérémane Ahmed Koudra. La Gazette des Comores/HZK-Presse : Vous avez au cours de la plénière du mardi en vous adressant au Commissariat au Plan, utilisé l’image populaire qui dit : d’éviter de poser la marmite à cuire d’un côté et mettre le foyer d’un autre côté, pouvez préciser votre pensée ? Abdérémane A. Koudra : Nous participons depuis la semaine dernière, d’abord au niveau des Comités insulaires puis maintenant au niveau national au processus de finalisation du Document de Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (DSCRP) pour la période 2010-2014. Une fois élaboré, ce document deviendra après sa validation par le gouvernement, le document de référence du pays pour son développement au cours des cinq prochaines années. Cette position du DSCRP montre bien qu’il n’est pas un simple document technique, mais un document hautement politique, un engagement du pays, un contrat entre les acteurs nationaux du développement et leurs partenaires internationaux. Cette position a été aussi celle du DSCRP intérimaire (2006-2009) qui a été soumis à la Conférence de Maurice et qui a obtenu des engagements de financement par les partenaires au développement. Le bilan du DSCRP intérimaire est devenu un sujet sensible, de controverse, qui fâche, pour la simple raison que c’est les politiques qui sont les principaux responsables de la non application du DSCRP intérimaire. Les politiques publiques pèsent fortement sur la mise en œuvre ou non des engagements du DSCRP.
Il était donc important, de rappeler au Commissariat Général au Plan, institution chargée de coordonner le processus jusqu’à son terme, ce besoin des acteurs du privé comme de la société civile de manière générale, d’être assurés de cet engagement des politiques, du gouvernement. Nous connaissons le poids des politiques dans ce pays et leur capacité d’interférence dans la mise en œuvre des projets et programmes.

LGDC/HZK-Presse : Concrètement, est ce que vous doutez de l’engagement du gouvernement à ce processus ?

AAK : Je ne l’ai jamais dit. J’ai des amis au gouvernement qui connaissent parfaitement les enjeux du DSCRP, pour avoir pris part aux travaux de son élaboration ainsi que ses incidences dans la mobilisation de l’aide au développement. Mon inquiétude est ailleurs. C’est une certaine incohérence que nous observons au quotidien sur des questions importantes entre la pratique des politiques publiques et l’engagement de principe sur le programme.

Quelques faits pour illustrer cela :
La mise en œuvre de la stratégie du DSCRP en matière de croissance économique et de réduction de la pauvreté repose sur un fort engagement du secteur privé à investir dans les secteurs porteurs et à créer des emplois durables. Or les chefs d’entreprises, les opérateurs économiques, les acteurs de l’économie réelle ne s’engageront pas si les règles du jeu ne sont pas claires et garanties, s’il n’y a pas de visibilité. Certains faits passés ces dernières semaines sont sujets d’inquiétudes : (i) le gouvernement dispose d’une somme de 200 Millions de $, produits générés par les transactions sur la citoyenneté économique. C’est de l’argent comorien. (ii) la presse nous apprend qu’une petite partie de cet argent sera versée au budget et que l’autre partie environ 75% pour des grands travaux d’infrastructures à travers une nouvelle société mixte Comoro-Arabe. Les entreprises nationales du BTP, comme EGT, CBE, Ets Abdallah Wadaane, SCPMC et autres sont totalement exclues dans cette opération. Quand nous savons que ces mêmes entreprises détiennent des créances importantes au niveau de l’Etat pour des travaux publics non payés, quand nous savons qu’elles ont investi et continuent de le faire pour être en situation de répondre aux évolutions du marché (EGT avec les équipements pour la réfection des routes, CBE avec la nouvelle carrière de Mohéli) , nous sommes inquiets de la volonté réelle du gouvernement à faciliter et accompagner cette implication nécessaire du secteur privé.

En 2007, le Président de la République nous a recommandé de visiter la zone de Mutwara en Tanzanie pour évaluer les opportunités d’investissements et partenariats avec cette région de la Tanzanie. Le Président de l’OPACO de l’époque M. Chamsouddine AHMED a conduit une délégation en Tanzanie, nous avions commencé même à vendre ce concept à nos amis arabes du Koweit, mais nous n’avions jamais pu assurer un suivi de ce dossier avec la Présidence, malgré nos différents rappels. Nous sommes inquiets de ce genre de situation.

De grands projets sont annoncés comme les travaux de la corniche, le besoin de création d’une compagnie aérienne et d’autres, des chefs d’entreprise du pays s’engagent pour accompagner et accroître les capacités du pays à rendre effectifs ces investissements avec des propositions concrètes, aucune mesure pour faciliter cela n’est prise par le gouvernement, aucune écoute réelle n’est accordée à ces démarches. Cela nous préoccupe car la garantie de ces projets repose en premier lieu sur les acteurs nationaux.

Des discussions sont en cours depuis le 11 juillet dernier avec les services du Ministère de l’Economie pour examiner les possibilités de baisser les prix des produits de première nécessité ; au même, moment on apprend par la presse qu’une aide alimentaire de la Banque Mondiale de 1 000 000 $ US est utilisée pour des audits de projets au lieu de soutenir cette baisse de prix des denrées alimentaires. Ce détournement de l’aide, car il n’y a pas d’autres mots nous inquiète fortement sur la volonté du gouvernement à travailler avec le secteur privé réel.

Autant de questions qui nous interpellent sur la problématique de la volonté du gouvernement à rendre effectif ce partenariat indispensable avec le secteur privé.

LGDC/HZK-Presse : Etes-vous donc pessimiste sur la mise en œuvre du DSCRP ?

A.A.K : Non pas du tout, je n’ai jamais été pessimiste pour mon pays. Par contre, je dis que la réalisation effective du DSCRP demande la satisfaction d’un certain nombre de préalables qui sont :

Premièrement, le gouvernement doit cesser d’ignorer le secteur privé national dans la conception des programmes et projets de développement. Pour cela, nous demandons (i) une implication forte dans la structure de coordination et de suivi de l’aide au développement ; (ii) plus de concertation avec le Forum de Secrétaires Généraux pour faire monter les difficultés des entreprises avec les administrations ; (iii) une formalisation d’un cadre de dialogue périodique au plus haut niveau, avec la Présidence de la République pour gagner en cohérence et en suivi des engagements pris ;

Deuxièmement, aider les PME nationales, les acteurs de l’économie réelle à améliorer leur compétitivité sur les marchés régionaux et internationaux. Si nous voulons tirer la croissance par les échanges et l’investissement, il faut soutenir les entreprises et leurs associations à mieux s’insérer sur ces marchés.

Troisièmement, promouvoir l’homogénéité des politiques aux niveaux national, régional et international. Nous devons renforcer une vision globale de l’action publique de sorte que les politiques appliquées en matière d’échange et d’investissement gagnent en cohérence, deviennent effectives. Le pays doit tirer les conséquences de ces engagements, de ces choix : nous avons signés, notre adhésion à la Zone de Libre Echange du COMESA, alors respectons notre engagement, nos partenaires doivent faire confiance à nos engagements parce que nous les respectons.

Quatrièmement, prendre des mesures fortes qui favorisent le transfert des compétences et connaissances des entreprises extérieures opérant dans le pays aux nationaux. L’investissement étranger ou le recours à l’expertise internationale ne représente aucun intérêt pour le pays destinataire comme les Comores, s’il ne contribue pas à l’amélioration du capital humain. Le partenariat entre un investisseur extérieur ou prestataire de service et un opérateur national doit devenir un préalable dans les conditions d’octroi du marché.

Propos recueillis par El-Had Said Omar
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